Quand les « je » s’accomplissent, les « nous » se réjouissent !

Notre époque part du principe qu’il va de soi de se comparer les uns aux autres. De cette comparaison, une hiérarchie devrait s’établir clairement. En théorie, celle-ci partirait du sommet doré d’une échelle comportant des milliards de niveaux - puisque nous sommes des milliards d’humains - pour arriver tout en bas… aux places les plus fragiles.

L’élan du monde
2 min ⋅ 08/03/2026

Aux places les plus fragiles et vermoulues, que nous sommes invités à cordialement mépriser.

C’est ainsi que nous serions plus ou moins « réussis »… ou « ratés ».

En soi, ce type d’idée et de croyance  laisse déjà songeur. Étudier, même brièvement, les critères de cette hiérarchisation risque de ne pas nous remonter le moral. Chacun sait qu’on n’y trouvera pas grand chose d’autre qu’une obsession pour l’image de soi et le contrôle, liée au pouvoir et à l’argent.

Ne serait-il pas plus réaliste de considérer que, s’il est dans notre nature d’œuvrer à la meilleure version de nous-mêmes, cette formidable version ne pourra toutefois jamais couvrir l’ensemble des qualités idéales d’un humain ? Et qu’il n’y a rien, là, de regrettable.

Quelque soit nos caractéristiques, nos éventuels dons ou notre génie, nous ne serons jamais ce héros ou cette héroïne qui, par exemple, s’occupe à plein temps de ses enfants tout en étant entièrement disponible à son travail officiel, qui pratique une activité sportive à haute dose tout en s’impliquant quotidiennement dans la méditation, l’art, la philosophie, les jeux vidéos, le travail sur son inconscient, la permaculture, la finance et qui se montre actif sur les réseaux sociaux.

Non seulement nous ne serons jamais à la fois brillants et modestes, tout aussi à l’aise en société que dans la solitude, mais nous aurons de surcroît toujours besoin des autres - humains et non-humains, rappelons-le - avec leurs qualités qui diffèrent des nôtres.

Et pas uniquement pour qu’ils nous admirent.

Du point de vue des idéologies de la domination - comme le capitalisme - s’accomplir implique de jouer des coudes et des pieds pour grimper plus vite et plus haut que les autres à cette échelle virtuelle, qui n’existe que dans notre imagination, avec plus d’habilité que les autres, plus de force, de savoirs-faire ou de connaissances, éventuellement moins de scrupules et plus de violence. Nous sommes invités à intérioriser des mantras : « Quand je serai là-haut, je serai accompli » ou de manière plus dépréciatrice « Si j’étais là-haut, je serais accompli ».

Ne gagnerions-nous pas en réalisme et en bien-être partagé en reconnaissant que l’humanité a besoin d’une diversité de qualités impossible à concentrer en un seul individu ? N’éviterions-nous pas quelques pandémies de burn-out et dépressions en comprenant que ce qui nous apparaît comme une imperfection individuelle peut devenir une opportunité pour le bien commun ?


Traversée, trouble et lumière Aquarelle sur papier, détail, 30/40 cm, février 2026

Quelque soient nos qualités, nous ne deviendrons jamais un être parfait en toute chose. Non seulement, il est impossible de compresser dans un seul individu toutes les connaissances et tous les savoirs-faire et savoirs-être développés par l’humanité depuis ses origines, mais il n’est pas davantage possible de bénéficier dans la même personne, des capacités, par exemple, d’un extraverti et d’un introverti, ou de rencontrer une femme ou un homme doté à la fois d’un immense sang-froid et d’autant de sang chaud. Je crois que, toujours, nos qualités impliquent des manques dans leur qualité complémentaire. 

Chacune, chacun de nous est une association singulière de ces caractéristiques : 3 g de caractère introverti, 17 g d’introverti, 2,5 g de sang-froid, 4,5 g d’humour, etc.

De plus, ces dosages évoluent avec notre expérience de la vie. Ils ne sont jamais figés.

À quoi peut donc prétendre cette course à l’échalote à laquelle nous nous soumettons, sans toujours le reconnaître ?

Le chimpanzé supérieur ou la gorille supérieure n’existe tout simplement pas. Certaines qualités permettent de devenir le ou la singe alpha, certes. Chez les humains, certaines caractéristiques permettent de se saisir d’une grosse part du gâteau commun, c’est un fait.

Mais, précisément, du point de vue du bien commun, s’agit-il de qualités ou de défauts ?

De surcroît, ce commun, ce « nous toutes et nous tous », n’a-t-il pas besoin, pour sa survie-même, et si possible, pour que sa vie soit heureuse et désirable, de personnes suffisamment bigarrées ?


Serions-nous en train de créer un passage ? Aquarelle sur papier, 30/40 cm, février 2026

Autrement dit, préférons-nous passer notre temps à nous marcher dessus pour gagner quelques barreaux sur une échelle qui n’existe pas ou à œuvrer-tisser dans un réseau chatoyant d’individus différents les uns des autres, curieux de leurs singularités respectives, qui s’entraident joyeusement et s’émancipent des fables aux piégeuses échelles ?


*


Thé au riz grillé 

Au gai sourire de l’entraide

Nous buvons


*


Je vous souhaite une heureuse fin d’hiver ! Que les jolis parfums printaniers nous émancipent des croyances poussiéreuses !


Olivier


PS : ce numéro de l’élan du monde vous est parvenu en retard, je vous prie de m’en excuser. D’étonnants imprévus nous ont mis au défi, Béatrice et moi, de ne pas succomber à la panique et au découragement. Nous l’avons vaillamment relevé mais sans parvenir, pour ma part, à respecter la date habituelle de cette lettre. Merci pour votre compréhension, chères lectrices et lecteurs.

L’élan du monde

Par Olivier Belot

L’élan du monde est une lettre d’artiste qui soutient la possibilité et la nécessité de l’épanouissement individuel et collectif.

Je suis artiste, je pratique maintenant essentiellement l’aquarelle, je compose des petites installations proches de la sensibilité wabi-sabi et j’écris. Après mon diplôme des Beaux-Arts, j’ai exposé en France et à l’étranger. J’ai fait ça quelques bonnes années, puis j’ai espacé les expos. Je ne parvenais pas à mener tout de front : les expositions, mon travail d’artiste, mon gagne-pain, ces seuls trois domaines nécessitaient trop de temps pour être tous menés à bien. Je crois que cette expérience est malheureusement très banale chez les plasticien.ne.s.

Je co-anime avec Béatrice Belot Le Deley, mon épouse, l’Atelier des prés, un espace de ressourcement créateur dans le Grand Est. J’essaie aussi de contribuer à une forme modeste de militantisme joyeux, à l’échelle locale, parce que je pense que c’est, là aussi, que nous avons besoin d’agir.

L’élan du monde propose chaque mois des images et des mots qui soutiennent la possibilité de s’épanouir et s’émanciper, individuellement et collectivement et qui propose des pistes pour déconstruire le fatalisme, par l’analyse, la sensibilité, la créativité et la confiance en notre nature. Notre nature humaine et la nature à laquelle nous participons.

Avec suffisamment de lucidité quant à nos penchants destructeurs mais aussi d’amour pour la vie libre et fluide.

Je conçois donc cette newsletter plutôt comme une lettre d’artiste qui prend le parti d’une approche plurielle, nourrie d’art, de philosophie, de politique, de poésie, de psychologie, de sociologie, de spiritualité, d’anthropologie et de toute autre approche permettant en effet de soutenir un épanouissement individuel qui va de pair avec l’émancipation collective et les manières de tisser des liens, riches et fertiles au vivant en nous, et hors de nous, ce vivant qui nous traverse, cet élan.

Instagram : _olivierbelot_

Instagram de l’Atelier des Prés : latelierdespres

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